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Des scientifiques demandent l’arrêt de toute nouvelle exploration pétrolière en Norvège : deux d’entre eux ont été arrêtés lors d’une action de désobéissance civile à Trondheim

Scientist Rebellion Norway & Scientifiques en rébellion

Instagram : @srtrondheim, @scientifiques_en_rebellion | Twitter: @SRNorway, @SciRebFr

© Scientist Rebellion Trondheim

En soutien à la campagne « Stopp oljeletinga! » (« Stop aux prospections pétrolières »), deux scientifiques, dont une française, Emilie Gios, ont été arrêté.es ce matin à Trondheim pour avoir mené une action de désobéissance civile et demandé la fin de toute nouvelle prospection pétrolière dans les eaux territoriales norvégiennes.

Les scientifiques dénoncent l’absence de prise en compte sérieuse de l’urgence de la situation climatique. La science est formelle depuis des décennies : nous devons choisir entre une planète vivable ou la poursuite de l’extraction de combustibles fossiles. Si le monde veut rester en dessous de la limite de +1.5°C fixée par l’accord de Paris en 2015, il ne peut y avoir de nouveaux investissements dans les énergies fossiles.

La Norvège est le plus gros producteur de pétrole en Europe de l’Ouest. A l’occasion des accords de Paris, elle s’engageait à réduire ses émissions de CO2 d’au moins 40% d’ici 2030, position renforcée en 2021 par le 1er ministre Norvégien, Jonas Gahr Stoere, qui disait vouloir mettre fin à toute exploration pétrolière et soutenue ce mois-ci par le Parlement Norvégien qui a décidé de ne plus accorder de nouvelles licences de prospection pétrolière pour les zones vierges jusqu’en 2025. Arrêter de rechercher de nouveaux gisements pétrolifères est une décision évidente que le gouvernement norvégien doit prendre pour garantir que notre planète reste véritablement habitable. Or l’économie du pays dépend de l’industrie pétrolière (14% du PIB, 7% des emplois). Il est urgent que le gouvernement Norvégien trouve des solutions fiables à la sortie du pays des énergies fossiles, pour sa survie et la nôtre. Nous n’avons plus de temps à perdre ! 

« Le gouvernement et l’industrie en Norvège ne peuvent ignorer la science », déclarait déjà en 2021 Sandrine Dixson-Decleve, coprésidente du Club de Rome.

Des décennies de rapports scientifiques, de pétitions et tribunes de milliers de scientifiques appelant à l’action climatique n’ont pas eu d’effet suffisant. Le débat de la semaine dernière sur la chaîne de télévision norvégienne NRK a montré combien il était facile de détourner la position des scientifiques : les appels à plus de prudence et d’action ont été transformés en gros titre du type « Verdict des climatologues : le monde restera habitable ». Les scientifiques sont maintenant préoccupés par le peu d’honnêteté et de sérieux avec lesquels la crise climatique est traitée par les médias et voient en conséquence les actes de désobéissance civile pour dernière alternative.

Emilie Gios, chercheure post-doctorale en écologie microbienne à l’Institut norvégien des sciences de la nature (NINA) est une des scientifiques arrêté.es : « Aujourd’hui j’ai décidé de prendre position parce que je suis en colère contre l’inaction des décideurs publics face à la crise climatique. Faire de la recherche dans mon laboratoire n’est plus suffisant, les faits concernant la situation critique à laquelle nous sommes confrontés ont été ignorés depuis des décennies. La science est formelle : les conséquences du changement climatique sont déjà là et ne vont qu’empirer. Je ne peux pas rester sans réagir et regarder des gens souffrir et mourir parce qu’une poignée de personnes guidées par leur avidité ont décidé en conscience d’ignorer les scientifiques. »

Myranda Murray, doctorante en biologie évolutive à l’Université norvégienne des sciences et technologies (NTNU), explique : « Aujourd’hui je m’éloigne de mes recherches parce que l’exploration des combustibles fossiles continue toujours davantage alors que les scientifiques avertissent que c’est imprudent et dangereux. Les scientifiques ont tiré le signal d’alarme depuis des décennies, mais nous sommes David contre Goliath quand on compare les ressources dépensées en greenwashing et en désinformation sur la réalité de la crise climatique. Les gouvernements et les industriels qui ont le pouvoir d’arrêter l’exploration pétrolière continuent à profiter de l’inaction climatique. Il devient difficile d’ignorer la cruauté de leurs décisions alors que le coût humain des événements météorologiques extrêmes de plus en plus fréquents ne cesse de s’alourdir à l’échelle de notre planète. Je suis désespéré de savoir que cela va continuer à empirer si nous continuons dans ce statu quo et je me sens complice si je reste silencieuse face à ce système injuste et détraqué. »

Andreas Kamp, chercheur à l’Université Roskilde, a été arrêté ce matin en bloquant la circulation : « Je fais cela parce que les responsables politiques ne prennent pas les faits scientifiques au sérieux. Ne pas prendre en compte les véritables coûts d’un effondrement écologique dans les décisions publiques est complètement irrationnel et extrêmement égoïste. A ceux qui me lisent ou m’entendent : les décisions que nous prenons maintenant auront des impacts décisifs pour nous-mêmes, nos enfants et petits-enfants et tous ceux après nous ! Je veux être clair pour mes enfants et mes proches : TOUT LE MONDE a la responsabilité de faire en sorte que l’humanité trouve un équilibre avec le reste de la nature. »

Baptiste Giroux, assistant de recherche en écologie industrielle au NTNU : « Je fais cela parce que je suis terrifié par la situation climatique actuelle. La cible de +1.5°C est maintenant hors d’atteinte et les décisions de nos responsables politiques nous conduisent vers une trajectoire de +3.2°C. Cela entraînera une souffrance et une violence massive, et pourtant les médias et les politiciens ne semblent pas comprendre la gravité de la situation. Les nouveaux projets pétroliers et gaziers ne sont pas compatibles avec l’accord de Paris, et c’est mentir que de prétendre le contraire. En tant que chercheur, je crois qu’il est illusoire de croire que publier davantage de rapports scientifiques puisse changer quoi que ce soit si les responsables ne les lisent pas ou ne les prennent pas au sérieux. Les actions de désobéissance civile directe peuvent obtenir bien plus en diffusant ce message et cette mobilisation. »

L’exploitation pétrolière en Norvège nous concerne toutes et tous car, comme le disait déjà Manuel Pulgar-Vidal, Responsable climat et énergie au WWF, en 2021 : « La position de la Norvège va accroître le risque que le monde atteigne des points de bascule climatiques, qui à leur tour auront des effets dévastateurs sur la nature dont nous dépendons ».

Dossiers publics pour les photos et vidéos : https://drive.google.com/drive/folders/1orTUtObIgQ0TuI5PMTP1H4ufd_TyG5MR?usp=sharing

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Des centaines d’activistes, dont 129 scientifiques, ont bloqué 11 aéroports d’affaires internationaux pour demander l’interdiction des jets privés. 31 arrestations dans le monde entier

Cette action internationale demandait l’interdiction des jets privés et la taxation des grands voyageurs pour financer l’adaptation au changement climatique et l’indemnisation des pays vulnérables.

Ces derniers jours, des scientifiques et des militants de Scientist Rebellion et Extinction Rebellion ont bloqué plusieurs aéroports d’affaires et protesté contre les jets privés dans onze pays. Les aéroports d’affaires de Farnborough et de Londres Luton (Royaume-Uni), de Berlin (Allemagne), de Milan (Italie), de Stockholm (Suède), d’Ibiza (Espagne), de Teterboro, de Charlotte, de Los Angeles et de Seattle (États-Unis) ont été bloqués le jeudi 10 novembre, tandis que celui de Schiphol (Pays-Bas) l’a été le samedi 5 novembre dans le cadre d’une manifestation plus large. Les aéroports d’affaires de Melbourne (Australie), Trondheim (Norvège), Cascais (Portugal), le troisième constructeur mondial de jets privés Dassault (Paris, France), et le ministère néerlandais des infrastructures ont également été visés. Près de 200 personnes ont pris part aux protestations, dont 129 scientifiques de diverses disciplines. Les manifestants ont eu recours à toute une série de tactiques pour bloquer les entrées des aéroports, s’accrochant avec des tubes d’acier et des chaînes, se collant aux portes et aux fenêtres et déclenchant des alarmes incendie. Dans d’autres cas, les militants ont utilisé les arts et la musique. À Ibiza, ils ont mis en scène un numéro de théâtre pour représenter le mépris et l’arrogance des plus riches alors que les moins nantis sont en difficulté. 31 manifestants ont été arrêtés par la police puis relâchés, tandis que 58 ont subi un contrôle d’identité.

Ces journées d’action s’inscrivaient dans le cadre de la campagne internationale « Make Them Pay ». Les militants ont appelé les dirigeants mondiaux actuellement réunis à Sharm el Sheikh, en Égypte, pour la COP27, à interdire les jets privés, qui consomment environ 10 fois plus d’énergie par passager que les avions commerciaux et 50 fois plus que les trains. Les militants ont également demandé une taxe sur les personnes qui prennent fréquemment l’avion. La taxation permettrait à la fois de réduire les émissions et de payer pour les pertes et dommages, de contribuer aux fonds pour le climat et d’annuler la dette financière des pays les plus vulnérables au dérèglement climatique. Ces demandes intègrent une proposition faite par le groupe des pays les moins avancés – représentant les pays les plus vulnérables au changement climatique lors de la COP27 – et ont été soutenues par des assemblées citoyennes dans de nombreux pays.

Le climatologue Peter Kalmus fait partie des personnes arrêtées pour sa participation au blocus de Charlotte (États-Unis). « Aujourd’hui, j’ai été arrêté pour la deuxième fois alors que j’essayais de sensibiliser le public à l’urgence de l’effondrement de la Terre », a déclaré le Dr Kalmus. « Nous sommes du bon côté de l’histoire, mais nous avons l’impression d’échouer terriblement. Nous avons besoin de renforts, nous avons besoin de plus de scientifiques et de plus de personnes qui s’engagent dans la désobéissance civile non violente. À l’heure actuelle, il n’est pas nécessaire d’être un scientifique pour savoir que, tant que nous ne mettrons pas fin aux combustibles fossiles, chaque été sera plus chaud que le précédent et que nous risquons de tout perdre en conséquence. Le mépris général de notre société pour ce fait fondamental me stupéfie. »

Le Dr Gianluca Grimalda, chercheur en sciences sociales, parmi les personnes arrêtées à Milan, a déclaré : « Pour éviter une catastrophe climatique, les sociétés doivent passer en mode d’urgence. Cela implique de réduire les émissions de luxe d’une élite fortunée, dont l’empreinte carbone est plusieurs fois supérieure à celle du reste d’entre nous. Il est inacceptable que les super-riches continuent de sillonner le monde alors que des millions de personnes souffrent des effets désastreux du dérèglement climatique. »

La Dr Rose Abramoff, écologiste spécialiste du changement global, également arrêtée, a déclaré : « Pendant cette période critique, chaque tonne de combustibles fossiles émise endommage les écosystèmes essentiels pour notre vie et nous rapproche de points de basculement dévastateurs. Une première étape essentielle pour une transition énergétique sûre consiste à interdire les voyages aériens privés, à taxer les grands voyageurs et à obliger les personnes et les nations riches à payer leur dette climatique aux populations du Sud, autochtones ou qui sont en première ligne. »

Finlay Asher, ingénieur aérospatial, a déclaré : « L’aviation représente le summum de l’injustice climatique et de l’inégalité des émissions. Seulement 1 % de la population mondiale produit plus de la moitié des émissions totales de l’aviation, alors que 80 % de la population mondiale n’a jamais mis les pieds dans un avion. Je ne peux pas rester sans rien faire alors que les émissions de mon secteur continuent de croître et de contribuer au carnage climatique qui fait des ravages dans le monde. Le fait que les ventes de jets privés soient en plein essor montre que nous échouons totalement en matière de justice économique et climatique. »

Les Scientifiques en rébellion devant le siège de Dassault réclament l’interdiction des jets privés. Des actions partout dans le monde.

Le collectif Scientist Rebellion a organisé jeudi 10 novembre une journée internationale d’actions contre les jets privés cordonnée dans 11 pays. 30 militant·es de sa branche française Scientifiques en rébellion, en collaboration avec Extinction Rebellion, ont participé à cette journée avec une action à Paris devant le siège de Dassault Aviation, troisième fabricant mondial de jets privés avec les fameux Falcon, sur le Rond-Point des Champs-Élysées dans le 8e arrondissement. Parmi les scientifiques mobilisés, se trouvaient plusieurs personnes ayant été incarcérées suite à des actions de désobéissance civile en Allemagne il y a quelques jours.

D’autres actions ont été menées simultanément dans 11 pays : États-Unis, Royaume-Uni, Pays-Bas, Italie, Suède, Allemagne, Belgique, Norvège, Portugal et Australie. Un communiqué de presse international sera publié ultérieurement. Une première action avait déjà eu lieu le week-end dernier à l’aéroport Schiphol d’Amsterdam, où des centaines d’activistes ont été arrêté·es pour s’être introduit·es sur le tarmac (parfois à vélo), bloquant les décollages de jets privés pendant plus de 6 heures.

À Paris, les scientifiques, habillés de blouses blanches siglées Scientist Rebellion, ont déployé trois banderoles reprenant les revendications de la campagne internationale menée intitulée Make Them Pay : interdire les jets privés ; taxer les grands voleurs ; faire payer les ultrariches pollueurs. Dénonçant plus particulièrement le rôle irresponsable de Dassault Aviation dans la promotion de l’aviation d’affaires, ils/elles portaient aussi des pancartes « Dassault Falcon : l’avion des criminels climatiques » et « Dassault Falcon : l’avion de l’injustice climatique » et scandaient « Dassault Falcon, criminel climatique ; État Français complice de l’injustice » ainsi que « Sobriété pour les lobbies, les jets privés doivent être taxés ». Ces phrases sonnent d’autant plus juste que Politico a récemment mis en évidence des liens étroits et problématiques entre le gouvernement français et le groupe Dassault, ce dernier étant propriétaire du logement de la ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher. Cela vient s’ajouter aux révélations de fraude fiscale organisée par Dassault Aviation pour éviter à ses riches clients de payer des taxes.

Parallèlement, les participant·es ont recouvert les grilles dorées de l’hôtel particulier abritant le siège du groupe Dassault de reproductions d’articles scientifiques traitant de l’impact environnemental de l’aviation. Symboliquement, les membres de Scientifiques en rebellion et d’Extinction Rebellion ont ensuite plié ces articles scientifiques pour en faire des avions en papier, et les ont propulsés dans la cour de l’hôtel particulier.

Cinq scientifiques ont pris la parole durant l’action.

Élie Oriol, doctorant en physique, a déclaré : « Pour agir, ce n’est malheureusement pas de science que nous manquons. C’est un problème de volonté politique. Certaines et certains de nos aîné·es, au cours de leurs carrières, ont vainement essayé de faire prendre conscience à nos gouvernants de l’urgence de tous ces sujets. Jeune scientifique, moi aussi j’aimerais faire de la science comme mes aîné·es, pour aider le monde à évoluer dans la bonne direction. Mais comment espérer encore aujourd’hui que ce serait suffisant ? Une fois fait le constat de cette impuissance, nous ne voyons plus que la rébellion. »

Kaïna Privet, chercheuse en écologie à Rennes ayant participé aux actions en Allemagne, a déclaré : « Les jets privés sont 10 fois plus polluants que les avions commerciaux et 200 fois plus polluants que les trains grandes lignes français. En tant que scientifique, je suis particulièrement scandalisée par le greenwashing développé par Dassault Aviation, qui prétend promouvoir une aviation « durable ». ​​Leurs prétendus « carburants d’aviation durables » sont une escroquerie scientifique, leur utilisation à grande échelle consommerait bien trop de ressources. Ils utilisent cet argument pour justifier le fait qu’ils continuent à développer le secteur de l’aviation malgré l’urgence de la crise climatique à laquelle nous faisons face. Ils doivent être tenus pour responsables de cette crise et être taxés en conséquence. » ​​​​Une publicité pour le Falcon a notamment été jugée contraire à la déontologie publicitaire en 2021 car elle laissait entendre que cet avion était « vert » malgré son énorme impact sur l’environnement.

Jérôme Guilet, astrophysicien ayant passé 4 jours en prison en Allemagne début novembre pour s’être collé à une voiture de luxe dans un showroom BWM, et participant à l’action, a relevé que « l’État protège les vrais criminels climatiques en réprimant de plus en plus les scientifiques et citoyens qui lancent l’alerte par des actions non-violentes. ».

En dépit du caractère totalement pacifique de leur action, les participant·es ont été encerclé·es par une cinquantaine de membres des forces de l’ordre (principalement des BRAV-M) au bout d’une heure. Elles et ils ont subi un contrôle d’identité et ont reçu l’ordre de se disperser en prenant le métro.

Les émissions annuelles de gaz à effet de serre des jets privés représentent autour de 400 kt CO21, ce qui est énorme étant donné le nombre très restreint de personnes qui les utilisent et le service rendu. Surtout, cela sape tout espoir d’aller vers la sobriété en donnant le pire exemple qui soit et en donnant aux citoyen·nes le sentiment justifié que les efforts ne sont pas répartis équitablement.

Les jets privés sont en moyenne 10 fois plus polluants par passager que les avions commerciaux et 200 fois plus polluants que les trains grandes lignes français2. Un vol privé de quatre heures génère autant d’émissions qu’un·e européen·ne moyen·ne en un an. Entre 2005 et 2019, les émissions de GES liées aux jets privés ont augmenté de 31 % en Europe. La moitié des vols parcourent moins de 500 km et correspondent donc à des trajets qui sont maintenant interdits pour les liaisons commerciales (car prenant moins de 2h30).

Les villes les plus desservies (Nice fait partie des destinations les plus prisées) et l’augmentation du trafic en été indiquent bien que l’utilisation de ces jets privés est plus motivée par le plaisir que par les affaires, ce qui la rend d’autant plus inacceptable.

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1 D’après le rapport « Private jets : can the super rich supercharge zero-emission aviation? », les émissions de CO2 des jets privés au départ de la France représentent 400 kt CO2, à comparer avec les 436 MtCO2 des émissions territoriales

2 Les avions privés émettent 1300 gCO2 /passager.km contre 128 gCO2 /passager.km pour des avions commerciaux et 5,92 gCO2 / passager.km pour les trains grandes ligne en France, selon le même rapport.

© Lyuba – XR France
© Akwa – XR France
© Akwa – XR France
© Lyuba – XR France

1300 scientifiques signent une tribune en soutien à leurs collègues en prison à Munich

Une tribune en solidarité avec les scientifiques ayant été placé.es en détention à Munich pour avoir alerté sur la crise climatique vient d’être publiée par France TV. Signée par plus de 1300 scientifiques, incluant des co-auteurs du GIEC et plusieurs chercheur.es de renom, elle appelle à « ne pas se tromper de coupables », estimant que « le problème n’est pas la protestation, mais l’inaction générale et le désespoir de la jeunesse mondiale dont 3 sur 4 se disent « effrayés » par leur avenir ».

La tribune rappelle pourquoi ces actions ont été menées et pourquoi elles sont légitimes. L’action est justifiée par la crise climatique et ses effets catastrophiques qui sont déjà là, comme l’illustre l’été 2022 en France et dans le monde. De plus, l’ONU vient de déclarer que la fenêtre d’action pour rester à un réchauffement global en dessous de +1,5°C « était en train de se refermer rapidement », démontrant l’inaction des gouvernements et mettant à nu leur double-discours vis à vis de la crise climatique. Les signataires estiment « il est de moins en moins possible de faire preuve de patience et d’accorder aux décideurs politiques et économiques le crédit de la bonne foi. » Désespérés devant cette inertie, consternée par l’indifférence générale devant la catastrophe en cours, en conflit avec leur mission de service public qu’ils voient ainsi désavouée, les scientifiques sont donc conduits à de nouveaux moyens de faire passer leurs messages.

Les signataires considèrent que la cible choisie – une voiture de luxe BMW – est justifiée car « émettre pour la gloriole un surcroît de carbone, et le promouvoir sur un salon constituent une participation active et inutile (…) à la destruction en cours du climat ». Enfin cette tribune rappelle que ces scientifiques ne sont ni des extrémistes ni des originaux mais sont largement soutenus dans la communauté scientifique qui partage leur inquiétude, et considère que le monde va au-devant de catastrophes écologiques majeures.

Pour nous, Scientifiques en rébellion, la frustration de ne pas être entendu.es par les pouvoirs politiques est immense : ces derniers sont les premiers à prétendre baser leurs décisions sur les sciences et pourtant, en même temps, ils réduisent au silence les scientifiques lanceurs d’alerte, en les jetant en prison et en cherchant à intimider toute notre communauté. Face à cette duplicité, la majorité scientifique silencieuse pourrait bien d’un jour à l’autre se rebeller et choisir une façon plus disruptive d’exprimer ses alertes et ses protestations. L’entreprise BMW estime les dommages causés aux voitures à plusieurs dizaines de milliers d’euros et a porté plainte contre les auteurs pour dégradation de biens et violation de domicile. C’est une honte : émettre de façon puérile et stupide une telle quantité de gaz à effet de serre pour une voiture de luxe, s’en vanter et le promouvoir publiquement constituent non seulement une participation active et néfaste aux bouleversements climatiques mais une injure aux scientifiques, politiques et citoyens qui luttent quotidiennement pour le futur de l’humanité, ainsi qu’aux personnes qui aujourd’hui déjà en souffrent et en meurent. Cela illustre que cette entreprise, comme beaucoup d’autres – et à l’image des gouvernements – refuse de prendre ses responsabilités face aux ravages écologiques.

Alors, allons-nous continuer à nous tromper de coupables ? Ou verrons-nous des décisions politiques ambitieuses et immédiates, un débat public à la hauteur organisé par les médias, et une réorganisation dans un cadre juste et démocratique de nos sociétés, de nos productions et de nos consommations ? La réponse pourrait dépendre de la mobilisation des scientifiques et des citoyens, autant que de la mobilisation de médias et d’institutions engagés.

Face à la crise climatique, « ne nous trompons pas de coupables » : des scientifiques défendent leurs collègues arrêtés en Allemagne

Tribune publiée sur France Info.

Une quinzaine de scientifiques ont été arrêtés, le 29 octobre, lors d’une action de désobéissance civile contre BMW à Munich. Ils protestaient contre l’impact climatique de l’industrie automobile et réclamaient des mesures fortes pour lutter contre le réchauffement climatique.

Des scientifiques en prison. Seize chercheurs, dont cinq Français, ont été arrêtés, samedi 29 octobre, pour s’être collé la main à une voiture de sport BMW exposée dans un showroom de Munich (Allemagne). Une action symbolique du collectif Scientist Rebellion, un mouvement international de scientifiques contre l’inaction climatique. Fatigués de chroniquer rapport après rapport une catastrophe écologique annoncée, ils ont décidé de se lancer dans des actions de désobéissance civile.

La justice allemande a placé ces scientifiques en détention provisoire, jusqu’au 4 novembre pour certains. Leur arrestation et la durée de cette détention a choqué dans la communauté scientifique. Des personnalités comme les climatologues Jean Jouzel et Christophe Cassou, l’économiste Thomas Piketty et les philosophes Dominique Bourg et Dominique Méda témoignent de leur soutien dans ce texte publié par franceinfo.fr et signé par plus de 950 scientifiques. Ils s’expriment ici librement.


Samedi, plusieurs scientifiques de divers pays se sont pacifiquement installé·e·s dans une voiture de sport en exposition au salon BMW à Munich, symbole du système consumériste qui condamne notre monde aux malheurs. Pourquoi cette action à cet endroit ?Il n’y a pas à redouter quelque catastrophisme, nous sommes déjà confrontés à des catastrophes : des milliers de morts en France cet été sous les canicules répétitives, un mégafeu en Gironde, des agriculteurs à la peine face à la sécheresse, plus de dix millions de personnes jetées sur les chemins au Pakistan après la destruction de leurs habitats par une mousson hors norme… Des types d’événements auxquels on s’attendait plutôt vers la moitié du siècle.

Non seulement nous ne sommes pas parvenus à respecter l’objectif assigné par la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CNUCC) signée en 1992 – à savoir éviter toute « perturbation anthropique dangereuse du système climatique » – mais nous avons déjà atteint un degré élevé de perturbation du système.

Pourquoi ce type d’action ? Est-ce que les scientifiques n’ont pas d’autres façons de s’exprimer ? Depuis 30 ans, la communauté scientifique effectue patiemment son travail de documentation des changements en cours dans le climat et les écosystèmes de la Terre, dans l’économie. Patiemment, elle parle, sur les supports qui lui sont habituels (les revues, les colloques, les rapports commandés à des experts), sur un ton policé, de choses aussi effrayantes qu’un changement climatique de grande ampleur en quelques décennies (les précédents s’étalaient sur des millénaires), qu’une sixième extinction de masse, qu’une désagrégation des sociétés humaines. Ce type de communication est pleinement légitime, mais ne touche pas assez le grand public… Or la mobilisation d’un large public autour des enjeux climatiques contraindrait les pouvoirs publics à agir à la mesure des enjeux. C’est une condition de réussite de la CNUCC et des COP qu’elle organise annuellement.

Le problème n’est pas la protestation

Pourquoi ce changement de ton cette année et ces actions de « scientifiques en rébellion » ? Nous arrivons à un tournant, et il est de moins en moins possible de faire preuve de patience et d’accorder aux décideurs politiques et économiques le crédit de la bonne foi. Le sixième rapport du Giec a expliqué il y a à peine plus d’un an que le respect de l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C était encore possible sur le papier, mais qu’il nécessitait des changements radicaux dès les prochains mois. Depuis, les Etats n’ont rien fait. Pire, la guerre en Ukraine a remis en selle les projets pétroliers et gaziers les plus polluants. L’ONU a déclaré la semaine dernière que la fenêtre d’action pour respecter 1,5°C « était en train de se refermer rapidement ».

Peut-on dissocier les scientifiques qui prennent part à ce type d’action (qui se discréditeraient en révélant une nature d’activiste plus que de chercheur) du reste de la communauté académique ? Les scientifiques qui ont participé à ce type d’actions ne sont pas des extrémistes. Ils ne sont pas sortis de leur confort pour faire cela par goût de l’action et de la visibilité médiatique. Ils ont, pour beaucoup d’entre eux, une pratique professionnelle à travers laquelle ils essayent aussi d’agir sur le monde. Si certains d’entre eux ont, en outre, décidé d’agir de manière plus démonstrative, c’est parce qu’ils sont désespérés d’être entendus.

Mais une majorité d’universitaires et de chercheurs est consternée par l’indifférence générale devant la catastrophe en cours : les trois quarts des personnels de la recherche pensent que si les choses continuent au rythme actuel, le monde va connaître une catastrophe écologique majeure. Cette majorité pourrait bien d’un jour à l’autre rejoindre le camp de celles et ceux qui protestent de manière de plus en plus disruptive. Ne nous trompons pas de coupables. Le problème n’est pas la protestation, mais l’inaction générale, le désespoir de la jeunesse mondiale dont 3 sur 4 se disent « effrayés » par leur avenir.

Les premiers signataires :

Dominique Bourg, Université de Lausanne
Pascal Vaillant, Université Paris Nord
Jean Jouzel, Institut Pierre Simon Laplace
Julia Steinberger, Université de Lausanne
Christophe Cassou, CNRS, Toulouse
Wolfgang Cramer, CNRS – Institut Méditerranéen de la Biodiversité et d’Écologie
François Gemenne, Université de Liège
Timothée Parrique, Université de Lund
Éloi Laurent, OFCE (Sciences Po) / Stanford
Jean-Baptiste Fressoz, CRH, EHESS
Christophe Bonneuil, CNRS, Paris
Johann Chapoutot, Sorbonne Université
Dominique Méda, Université Paris Dauphine-PSL
Thomas Piketty, Centre d’Histoire Économique et Sociale François-Simiand
Isabelle Stengers, Université de Bruxelles
Jacques Testart, INSERM
Kévin Jean, Conservatoire National des Arts et Métiers, Paris
Jérôme Santolini, Commissariat à l’Energie Atomique
Milan Bouchet-Valat, Institut National d’Études Démographiques, Aubervilliers
Florence Volaire, Centre d’Écologie Fonctionnelle et Évolutive, Montpellier
Anne Baillot, Le Mans Université
Stéphanie Mariette, INRAE, Bordeaux
Sophie Gerber, INRAE, Bordeaux
Victor Altmayer, Institut du Cerveau, Paris
Julian Carrey, INSA Toulouse
Odin Marc, CNRS Géosciences Environnement Toulouse
Alexandre Rambaud, AgroParisTech
Yves Goddéris, CNRS Géosciences Environnement Toulouse
Xavier Capet, CNRS, LOCEAN, Institut Pierre Simon Laplace
Pierre-Henri Gouyon, Muséum National d’Histoire Naturelle
Jérémie Cavé, IRD, Géosciences Environnement Toulouse
Joan Cortinas, Centre Emile Durkheim, inovador
Gabriel Malek, président Alter Kapitae
Marie-Antoinette Mélières, Université Grenoble
Thibaud Griessinger, chercheur indépendant
Philippe Abecassis, Université Sorbonne Paris Nord
Davide Faranda, Institut Pierre Simon Laplace
Lara Elfjiva, CNRS – Laboratoire Anthropologie Politique – EHESS
Annalisa Lendaro, CNRS – Certop
Sylvia Becerra, CNRS, GET
Joan Cortinas, CED, Université Bordeaux
Rémi Douvenot, ENAC, Toulouse
Alice Meunier, CNRS, Paris
Laure Vieu, CNRS, Toulouse
Laure Teulières, Université de Toulouse Jean Jaurès
Olivier Aumont, LOCEAN, Institut Pierre et Simon Laplace
Pierre Mathieu, Université d’Aix-Marseille
Céline Marty, Université de Franche-Comté
Jean-Christophe Poully, Université de Caen
Soizic Rochange, Université de Toulouse

Liste complète des signataires sur le site de France Info.

Des scientifiques en prison pour le climat

Les trois dernières semaines ont été marquées par un engagement de plus en fort des scientifiques dans la lutte contre le dérèglement climatique, sous la forme d’actions de désobéissance civile non violente, de conférences dans l’espace public, ou d’actions visant à interpeller les décideurs. Ces actions ont été organisées par le collectif international Scientist Rebellion et sa branche française Scientifiques en rébellion. Des scientifiques de toute l’Europe ont dans un premier temps convergé vers l’Allemagne, et ont mené à partir du 16 octobre plusieurs actions de blocage ou d’interpellation, s’engluant devant des bâtiments officiels (ministère des Transports, ministère des Finances), déclenchant l’alarme incendie lors du discours du chancelier allemand au Sommet mondial de la santé, ou occupant le pavillon Porsche d’un centre de loisirs dédié à l’automobile. Leurs actions étaient accompagnées de demandes auprès de l’État allemand de prendre des mesures visant à décarboner le transport, annuler la dette des pays du Sud, et reconnaître l’échec de sa politique climatique.

En parallèle et en soutien aux actions en Allemagne, une centaine de scientifiques ont mené en France des actions les 14 et 15 octobre. À Nice et Montpellier des conférences ont été organisées sur des places publiques, rappelant que les politiques actuelles ne sont pas à la hauteur des enjeux. À Toulouse, une table ronde organisée par la métropole et à laquelle était convié Total Énergies fut interrompue et une conférence interpellant les protagonistes fut donnée. À Paris, des scientifiques en rébellion se sont invité·es à Sorbonne Université à l’occasion de la Fête de la science.

Cette semaine, les scientifiques européens ont convergé vers Munich. Ils et elles se sont englué·es dans les locaux de la banque d’investissement Black Rock le 25 octobre, ont bloqué un axe routier majeur le lendemain, et se sont englués à des automobiles de luxe dans un showroom BMW le 29 octobre. Pour cette dernière action, 16 membres de Scientist Rebellion ont été placés en détention provisoire jusqu’au 4 novembre. Parmi les scientifiques actuellement en prison, se trouvent les Francais Sylvain Kuppel, spécialiste toulousain des ressources hydriques, Jérôme Guilet, astrophysicien à Saclay et Hugo Raguet, chercheur en informatique à Blois, et Marceau Minot, docteur en écologie de l’université de Rouen. Manua, coordinateur de Scientist Rebellion pour la France, fait également partie des personnes incarcérées. Les scientifiques qui ont mené cette action avaient conscience que cette dernière risquait de les conduire en prison, mais étaient prêt·es à cela pour dénoncer l’inaction climatique.

Le collectif Scientist Rebellion a également rendu public cette semaine un texte signé par plus de 1000 scientifiques, dont plusieurs co-auteurs ou co-autrices du GIEC, affirmant que l’objectif de contenir le réchauffement climatique en-dessous de 1.5°C est désormais hors d’atteinte, illustrant ainsi l’échec des politiques climatiques mondiales. Ils demandent à l’ensemble de leurs collègues de le reconnaitre également, et de dire la vérité sur l’ampleur de l’effort nécessaire pour rester « bien en-dessous de 2°C » comme le prévoit l’accord de Paris de 2015. Cette lettre a été suivie par la publication d’un rapport de l’ONU constatant qu’il n’y a, en effet, plus de trajectoire possible pour maintenir le réchauffement en dessous de 1,5°C et que seulement un changement urgent et drastique du système peut encore éviter un désastre climatique. 

Dans un texte de 4 pages, disponible en ligne, les scientifiques français ayant participé aux actions expliquent leurs motivations, leur positionnement et leurs interrogations. Ces scientifiques considèrent que, tant que la trajectoire du business-as-usual continue, « [leurs] actions de désobéissance civile seront légitimes », rappelant que « cinq décennies d’alertes sans résultat, c’est bien trop ! ». Selon eux, « loin de ternir [leur] crédibilité, (…) [se] lancer dans ces actions ne peut que renforcer la confiance que les citoyen·nes auront dans le contenu de [leurs] messages ».

En solidarité avec leurs collègues en détention, ces scientifiques appellent à se réunir le mercredi 2 novembre 2022 à 18h devant l’ambassade d’Allemagne à Paris (13/15 Av. Franklin Delano Roosevelt, Paris 8ème, Métro Champs-Elysées-Clémenceau, plan) et devant le consulat d’Allemagne à Montpellier (14 Dsc. en Barrat, en face du Corum, plan) pour appeler le gouvernement allemand, et ceux des autres pays européens, à prendre leurs responsabilités : c’est-à-dire reconnaître l’échec et l’insuffisance radicale de leur politique climatique actuelle, et commencer une politique à la hauteur des enjeux, plutôt que de placer en détention des scientifiques et de continuer à nier l’ampleur de la crise en cours.

Informations complémentaires.

Les communiqués de presse de Scientist Rebellion, relatant chaque action menée en Allemagne, peuvent être trouvés ici.

Le communiqué de presse de Scientifiques en rébellion concernant les actions en France peut être trouvé ici.

« Continuer d’affirmer publiquement qu’il est toujours possible de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C n’est plus acceptable », avertissent plus de 1000 scientifiques

Communiqué de presse international de Scientist Rebellion

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Plus de 1 000 scientifiques de 47 pays ont signé une lettre ouverte appelant leurs pairs à « partager avec le public ce qu’ils et elles se disent entre eux concernant la réponse mondiale au changement climatique et à la perte de biodiversité ».

La lettre ouverte, initiée et auto-publiée par le groupe d’action climatique Scientist Rebellion, a été signée par d’éminents scientifiques et par certains des auteurs principaux du GIEC. Une liste complète des signataires couvrant de nombreuses disciplines académiques, dont les sciences physiques, l’économie, les mathématiques, les sciences sociales et la psychologie, est consultable ici.

Signataire de la lettre, la professeure Marta Guadalupe Rivera Ferre, spécialiste des systèmes alimentaires et auteur principal du GIEC, déclare : « Il s’agit d’une déclaration historique de la communauté scientifique. Elle souligne qu’il est urgent que les experts disent clairement au grand public, aux politiciens et au mouvement écologiste qu’il n’y a plus de trajectoire crédible pour limiter le réchauffement planétaire en dessous de 1,5°C. ».

Signataire de la lettre, la Dr Stella Nyambura Mbau, post-doctorante en développement durable au Kenya, déclare : « Il est essentiel que les scientifiques des pays du Nord reconnaissent publiquement que la limitation du réchauffement en dessous des 1,5 °C a échoué. Nous, scientifiques des pays du Sud, avons besoin que nos pairs d’Europe et d’Amérique du Nord s’expriment à ce sujet car ils sont beaucoup plus proches des centres de pouvoir politique et économique qui entravent l’action en faveur du climat. Cela n’a jamais été aussi urgent, alors que nous approchons d’un monde au-dessus des 1.5°C de réchauffement. »

La lettre déclare : « Les scientifiques s’accordent sur le fait qu’il n’y ait pas de voie crédible vers un réchauffement limité à 1,5°C. Cela nécessiterait que les émissions mondiales atteignent leur pic avant 2025 et soient réduites de 43 % d’ici 2030. Et même ce scénario conduirait probablement à dépasser le seul des +1,5 °C au cours des dix prochaines années. Le scénario le plus optimiste présenté par le GIEC repose sur le déploiement hypothétique de technologies d’élimination du dioxyde de carbone à grande échelle, afin de faire baisser les températures d’ici la fin du siècle.

Continuer d’affirmer publiquement qu’il est toujours possible de limiter le réchauffement planétaire à 1,5°C n’est plus acceptable. Pourtant, des politiciens, des scientifiques de premier plan et des figures du mouvement pour le climat persistent à le faire. En conséquence, les industries polluantes et les décideurs politiques sont involontairement encouragés à s’opposer à une décarbonation rapide ».

Signataire de la lettre, Bill McGuire, professeur émérite des risques géophysiques et climatiques à l’University College de Londres, a déclaré : « Il est dangereux, trompeur, et tout simplement faux, de donner au public l’impression que nous pouvons encore rester de ce côté du garde-fou du changement climatique qu’est le seuil des 1,5°C. Non seulement cela suggère que nous pouvons encore éviter l’effondrement climatique généralisé, mais cela fournit une excuse aux politiciens pour continuer à tergiverser, et aux pollueurs pour continuer à polluer. »

En réponse, la lettre ouverte appelle la communauté des scientifiques travaillant sur tous les aspects du changement climatique à faire une déclaration publique avant la COP27, affirmant les éléments suivants :

  • « Premièrement, constater que le dépassement de l’objectif des +1,5 °C tel que défini par le GIEC dans sa dernière évaluation est inéluctable. »
  • « Deuxièmement, reconnaître le défi que représente la limitation de l’augmentation de la température « bien en dessous de 2 °C » (conformément à l’accord de Paris de 2015) sur la base des hypothèses les plus prudentes concernant le potentiel des technologies à émissions négatives, afin de prendre en compte les incertitudes liées à ces technologies, et de montrer au public l’ampleur des réductions nécessaires selon les scénarios des scientifiques. »
  • « Enfin, et en réponse directe à ce qui précède, nous demandons que les trois piliers de la politique climatique – atténuation, adaptation et compensation (c’est-à-dire pertes et dommages) – soient réellement mis en œuvre. Cela signifie que les états riches doivent enfin tenir leur promesse de financer 100 milliards de dollars par an pour aider les pays les plus pauvres à faire face au changement climatique, comme point de départ minimum. »

À propos de Scientist Rebellion :
Nous sommes un groupe d’action climatique regroupant plus d’un millier de membres dans 32 pays.
Nos membres sont des scientifiques d’horizons divers, des étudiants en sciences jusqu’aux
chercheur.euses titulaires. Nous partageons la conviction selon laquelle les scientifiques doivent mettre en place des actions de désobéissance civile non violente pour renforcer leur crédibilité. Lors d’actes de résistance civile, nous nous identifions en portant des blouses de laboratoire. Le Climate Emergency Fund soutient les efforts de recrutement, de formation, de renforcement des capacités et d’éducation de Scientist Rebellion.
Plus d’informations sur : https://scientistrebellion.com

Lettre ouverte de demande de clarification du CNRS : campagnes polaires – Compagnie du Ponant

À l’attention de :

Mme Christine Noiville, Directrice du Comité d’éthique du CNRS

M. Nicolas Arnaud, Directeur de l’Institut national des sciences de l’Univers du CNRS

M. Alain Schuhl, Directeur général délégué à la science et Président du Comité développement durable du CNRS

Objet : Lettre ouverte de demande de clarification du CNRS : campagnes polaires – Compagnie du Ponant

Madame, Messieurs,

En avril dernier, le collectif Scientifiques en rébellion appelait à saturer de fausses réponses un questionnaire initié par un ancien directeur de l’Institut Paul Émile Victor, Jérôme Chappellaz. À travers ce sondage, ce chercheur interrogeait la communauté des glaciologues, et au-delà, sur l’opportunité de campagnes scientifiques aux pôles financées par un opérateur de tourisme de luxe privé, la Compagnie du Ponant.

Par cette campagne de déstabilisation, le collectif Scientifiques en rébellion souhaitait dénoncer cette opération menée avec le consentement de l’Institut national des sciences de l’Univers (INSU) du CNRS et consistant, selon ce collectif, en une marchandisation des pôles sous couvert d’aide à la science. Pour l’armateur : une opération de « greenwashing » savamment orchestrée (puisque le navire prévoit des espaces dédiés à la recherche dès sa conception) avec une communication toujours tournée vers des records en inadéquation avec un faible impact environnemental. Pour les chercheur·euses : un « baiser de la mort ». En effet, soit par manque de moyens de la recherche publique1, soit par simple effet d’aubaine, ces dernier·es en viennent à cautionner, presque comme un mal nécessaire, les émissions de 250 tonnes équivalent CO2 par jour en mer ! Ces émissions étant principalement dues aux 245 croisiéristes privilégiés et riches (au minimum 10 000 € pour 10 nuits à bord), et aux 215 membres de l’équipage à leur service.

Depuis, le sujet a fait l’objet d’un article dans la revue Reporterre qui reprend une partie de nos arguments et prend également le temps de questionner des chercheur·euses, la direction du CNRS et le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Le témoignage de M. Chappellaz en dit long sur l’état d’esprit d’une partie de la communauté de recherche française, bien au-delà du seul domaine de la glaciologie : « Soyons pragmatiques, dit-il à Reporterre. Le Commandant Charcot naviguera vers les pôles avec ou sans scientifiques. Sa clientèle aisée est le cœur de cible et elle s’y rendra de toute façon. Alors, tant que la science ne devient pas le prétexte pour organiser des expéditions avec des touristes, utilisons ce vecteur. » L’INSU, qui a donné son consentement à cette démarche, peut-il par son silence cautionner de tels propos ? Et quid du comité d’éthique et du comité développement durable du CNRS ?

Cette posture nous semble en effet largement condamnable d’un point de vue éthique. Reprendre un argument à courte vue, déjà éculé à propos des vols en avion, du type « de toute façon il décollera sans moi » comme justification à l’inaction climatique nous semble erroné, inacceptable voire complice2. Aller jusqu’à nier que la science soit un prétexte alors qu’elle est justement au cœur de l’approche marketing de la Compagnie du Ponant (comme en témoigne un croisiériste dans le reportage) confine au cynisme. La recherche publique sur les pôles attendra-t-elle que toute la glace de l’Arctique ait fondu, et que sa crédibilité auprès du public ait connu le même sort, pour cesser de s’associer à des opérations aussi irresponsables du point de vue climatique ? Commencera-t-elle alors seulement à se questionner sur la pertinence de ces recherches et missions, sur le rapport entre l’état actuel des connaissances, celles qui sont indispensables pour comprendre l’évolution de l’Antarctique et le « coût carbone » de ses activités ?

On serait en droit d’attendre du CNRS une posture ferme sur l’exploitation de la science à des fins de « greenwashing ». On serait en droit d’attendre que le CNRS questionne le bien-fondé d’une science à plus de 60 tonnes de CO2 par jour et par chercheur·euse3. On serait en droit d’attendre que le CNRS s’interroge sur le risque de conflit d’intérêt, dans la mesure où il semble que ces chercheur·euses bénéficient de conditions de résidence exceptionnelles à bord, voire d’une rémunération pour les conférences qu’ils ou elles peuvent y donner. L’intervention de Mme Daphné Buiron, médiatrice scientifique à bord du navire, indiquant que la compagnie « était aux petits soins pour chacun d’entre eux » ne lève pas ces doutes, bien au contraire.

Sur la plupart de ces questions, le CNRS n’apporte pas de réponse (voir annexe de l’article de Reporterre) et reste dans une stature faussement académique et distanciée. Quand bien même la science qui s’y fait à bord serait irréprochable et de très haut niveau, quand bien même les chercheur·euses n’y bénéficieraient d’aucun avantage spécifique, le CNRS peut-il pour autant cautionner de telles campagnes ? En ce sens, nous vous adressons la question posée par Reporterre au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (dont la réponse est, à proprement parler, inadmissible) : « Est-il acceptable [pour le ministère] que des chercheurs français fassent de la recherche sur un navire de tourisme, et que la présence des scientifiques à bord puisse participer à la communication de la compagnie de croisière qui l’opère ? ». Au-delà, peut-on faire de la recherche à n’importe quel impact carbone ? Si, après un examen rigoureux, transparent et éthique des impacts, il est jugé que l’intérêt scientifique des activités de recherche polaires justifie ses émissions carbone, c’est alors au CNRS et au ministère d’investir de manière conséquente pour leur financement.

Sur tous ces éléments, nous souhaiterions recevoir et transmettre à nos membres, et plus largement au public sensible à l’intégrité de la recherche publique française, une clarification de la part de l’INSU, du comité d’éthique et du Comité développement durable. L’INSU pourrait d’ailleurs utiliser le cadre de travail du groupement de recherche Labos1point5 (soutenu par l’INRAE et le CNRS) et les réflexions menées par de nombreux chercheur·euses pour clarifier sa position et avancer dans la formulation d’une éthique environnementale de la recherche.

Pour votre information, notre opération a été un succès avec l’interruption du questionnaire quelques heures à peine après le lancement de l’opération. Suite à cette interruption, finalement temporaire, nous avons mis en place une pétition pour que le monde de la recherche puisse continuer à manifester sa désapprobation. Malgré la durée de la campagne, quelques jours seulement, nous avons recueilli plus de 300 soutiens, dont nous pouvons vous faire suivre la liste sur simple demande. Cette campagne s’est par ailleurs étendue au grand public puisqu’elle a été relayée par Extinction Rebellion France.

Dans l’attente de vos retours, nous vous adressons nos respectueuses salutations,

Le collectif Scientifiques en rébellion

1Voir à ce propos la récente tribune dans Le Monde : « Le futur de la recherche polaire en Antarctique est mis en danger par le projet de la loi de finances pour 2023 ».

2Voir le point 3 de l’article de la revue Bon Pote pour le contre-argumentaire et cet article scientifique pour sa justification.

3À titre d’illustration, l’Institut polaire Français (IPEV) a estimé des émissions à 32 tonnes de CO2 équivalent par scientifique et par an pour les missions polaires.

Mobilisation nationale de scientifiques contre l’inaction climatique

Dans plusieurs villes de France (Montpellier, Nice, Paris et Toulouse), des scientifiques ont participé ce weekend à des actions d’information du public et de désobéissance civile, au nom de la lutte contre la catastrophe environnementale et humaine en cours et à venir. Dans un texte de 4 pages, disponible sur le site du collectif Scientifiques en rébellion, ils expliquent leurs motivations, leur positionnement et leurs interrogations. Certaines de ces actions ont été menées en collaboration avec les collectifs citoyens ANV-COP21 – Alternatiba et Extinction Rebellion. Cette mobilisation des scientifiques en France s’est faite dans le sillage d’une tribune parue en Une du journal Le Monde en 2020, dans laquelle mille scientifiques appelaient à la désobéissance civile. En parallèle, en Allemagne, des scientifiques venu·es de toute l’Europe (dont certain.es de France) participent à l’appel du collectif Scientist Rebellion à une campagne d’actions de désobéissance civile intitulée « Unite Against Climate Failure » qui se déroulera jusqu’au 4 novembre. Les scientifiques appellent tout·es leurs collègues qui ont pris conscience de l’urgence climatique à les rejoindre pour amplifier la mobilisation.

À Nice, les scientifiques ont organisé samedi 15 octobre matin avec les collectifs ANV-COP 21, Extinction Rebellion et Alternatiba 06 une conférence-occupation festive et populaire sur le thème « Urgence climatique, inaction politique », devant la Maison des Grands Projets de la Ville de Nice. Une banderole « Climat, biodiversité : écoutons les scientifiques » a été déployée. Le but de l’action était de rappeler que l’atteinte des objectifs de réduction d’émissions de CO2 nécessitera des changements en profondeur de nos modes de vie, et qu’une priorité est de renoncer aux grands projets d’un autre temps fortement émetteurs de carbone. À Nice, l’extension du terminal 2 de l’aéroport et l’urbanisation massive de terres fertiles dans la plaine du Var représentent des symboles de l’aveuglement des politiques territoriales qui affichent des objectifs ambitieux de réduction d’émissions sans mettre en place de leviers efficaces de décarbonation et de sobriété. La conférence a réuni une cinquantaine de personnes, et des débats ont ensuite été menés avec le public pour faire émerger des propositions citoyennes alternatives pour une métropole neutre en carbone.

À Toulouse, vendredi 14 octobre matin, dix scientifiques, soutenus par les militants d’ANV-COP21, ont perturbé un événement co-organisé par Toulouse Métropole et le journal La Tribune : « Toulouse Zéro Carbone » (vidéo disponible en ligne; temps forts de l’action indiqués dans les commentaires de la vidéo). Les scientifiques ont demandé à pouvoir prendre la parole avant une table ronde à laquelle participait entre autres TotalEnergies et l’élu responsable du PCAET (Plan Climat Air Energie Territorial) de la ville. Une dizaine de diapositives ont été projetées, en rappelant notamment que les politiques mises en place actuellement, à toutes les échelles (internationale comme territoriale) nous conduisent vers une catastrophe environnementale. Les scientifiques ont souligné que l’une des priorités est d’arrêter les projets qui ne vont pas dans la bonne direction, pointant du doigt certains programmes d’aménagement locaux (routier, artificialisation des sols), et la politique de TotalEnergies d’ouvrir de nouveaux gisements fossiles. L’ouverture de nouvelles exploitations est en effet incompatible avec les budgets carbone permettant de limiter le réchauffement à +1,5 ou 2°C, et représente autant de « bombes climatiques », selon une expression utilisée dans des publications scientifiques. Les scientifiques ont conclu leurs interventions en demandant que trois questions soient posées au cours de la table ronde. Ils et elles ont notamment demandé aux intervenants de justifier leur maintien de projets incompatibles avec les objectifs climatiques et environnementaux. Les scientifiques ont également demandé à TotalEnergies de se positionner par rapport au soutien qu’il apporte à un Master dirigé par un scientifique contestant ouvertement la légitimité du GIEC, une affaire révélée dans le Canard enchaîné du 12 octobre 2022. Le représentant de TotalEnergies a contesté les conclusions du Canard Enchainé et affirmé travailler avec le scientifique en question « depuis 15 ans ». Après quelques minutes de table ronde, les scientifiques, considérant que les propos tenus par le représentant de TotalEnergies n’étaient pas sincères et ne répondaient pas à la problématique centrale de la poursuite de l’exploitation des énergies fossiles, se sont placé·es devant la scène avec des affiches indiquant « greenwashing », et ont quitté la salle. 

À Paris, une conférence sauvage intitulée « Inaction climatique : défaite de la science» s’est tenue samedi 15 octobre à 14h au village des sciences de Sorbonne Université organisé pour la Fête de la science 2022. En s’invitant dans le programme, les scientifiques mobilisé·es voulaient dénoncer le décalage entre le thème choisi par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, « Réveil climatique », et l’insuffisance criante des mesures prises par le gouvernement pour répondre à l’urgence climatique. Kévin Jean, l’un des scientifiques organisateurs de cette action estime qu’« après plus de 40 ans d’alertes scientifiques ignorées par les décideurs, et alors que l’État français a été condamné en justice pour le non-respect des objectifs climatiques, mettre en avant le partage des connaissances comme réponse au défi climatique est scandaleux, on ne peut plus laisser passer ». Les scientifiques mobilisé·es ont détaillé cette incohérence au cours d’une série de prises de paroles de chercheur.es de différentes disciplines. Les scientifiques ont profité d’une table ronde pour interpeller les présentateur.ices météo Laurent Romejko  (France 3) et Karine Durand (CNews) sur la responsabilité des médias ainsi qu’un collègue climatologue à propos de partenariats entre la recherche publique et TotalEnergies.

À Montpellier, une conférence sauvage samedi 15 octobre à 11h sur la place de la Comédie a mobilisé une quarantaine de scientifiques et une vingtaine de militant·es d’ANV-COP21 – Alternatiba, toutes et tous uni·es pour dénoncer l’inaction climatique. Les scientifiques, menant pour la plupart des recherches en écologie, évolution et agronomie, ont pris la parole pour rappeler les principaux résultats du GIEC et les chiffres de plus en plus alarmants sur l’effondrement de la biodiversité, avec le slogan « Alerte scientifique, crise climatique, urgence action publique ». Les militants d’ANV-COP21 – Alternatiba, sous la banderole « Urgence climatique : Écoutez les scientifiques » ont rejoint ce rassemblement après une action de désobéissance civile ciblant une agence BNP Paribas, en raison du financement par cette banque de nouvelles exploitations d’énergies fossiles.

Ces actions coordonnées entre scientifiques et autres citoyen·nes à l’échelle européenne visent à interpeller les dirigeants politiques afin que ces questions cruciales pour l’avenir de l’humanité et du vivant ne puissent plus être éludées.

Toulouse
Toulouse (Crédits : ANV-COP21 Toulouse)
Nice
Montpellier
Paris

Admettre l’échec : il ne reste aucune voie crédible pour atteindre 1,5 °C

Communiqué de presse international de Scientist Rebellion

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#UniteAgainstClimateFailure

Plus de 100 scientifiques et universitaires de 12 pays risqueront l’arrestation et l’emprisonnement en Allemagne à partir de ce week-end pour demander au gouvernement d’admettre qu’il n’est plus possible de limiter le réchauffement climatique en dessous de +1,5 °C.

Ces scientifiques sont membres du groupe d’action contre le dérèglement climatique Scientist Rebellion. Sous la bannière « Unite-Against-Climate-Failure », ces scientifiques prévoient une campagne de désobéissance civile non violente à Berlin et en Bavière à partir du 16 octobre.

L’Allemagne a été choisie en tant que pays influent au sein de l’Union européenne et l’un des pays les plus riches du monde. L’économie allemande a bénéficié plus que d’autres de la combustion d’énergies fossiles et de l’exploitation des ressources, mais elle n’arrive pas à respecter ses objectifs en matière de climat et de biodiversité.

La Dr Stella Nyambura Mbau, post-doctorante en développement durable et membre de Scientist Rebellion au Kenya, déclare : « L’action mondiale visant à réduire les émissions conformément à la trajectoire de 1,5 °C n’a jamais été suffisante. Et maintenant, il est trop tard. Refuser de l’admettre revient à ignorer les souffrances qui affectent déjà les pays du Sud. Plus de 20 millions de personnes (dont 10 millions d’enfants) risquent de mourir de faim dans la corne de l’Afrique à cause de l’une des pires périodes de sécheresse. »

Le Dr Peter Kalmus, climatologue américain et membre de Scientist Rebellion, déclare : « Je ne vois aucun signe que les dirigeants mondiaux se préparent à opérer les changements radicaux nécessaires pour limiter le réchauffement à 1,5 °C degrés. Il est temps de reconnaître devant au public qu’il n’y a pas de voie crédible pour rester en dessous de 1,5 °C, même si en termes scientifiques, cela reste géophysiquement possible. »

Promesses non tenues

Les gouvernements ne respectent pas l’engagement inscrit dans l’Accord de Paris de poursuivre les efforts pour rester en dessous de 1,5 °C de réchauffement. Les émissions mondiales atteindront un niveau record en 2021, alors que les gouvernements dépenseront davantage pour subventionner les combustibles fossiles en 2021 qu’en 2015, année de la signature de l’Accord de Paris.

Les chercheurs reconnus admettent qu’il n’existe pas de voie crédible vers les +1,5 °C. Le scénario le plus optimiste du GIEC pour rester sous la barre des +1,5 °C exige que les émissions mondiales atteignent un pic avant 2025 et soient réduites de 43 % d’ici 2030. Même dans ce cas, le seuil de +1,5 °C serait probablement dépassé au cours des dix prochaines années.

Avant sa campagne en Allemagne, Scientist Rebellion a sollicité près de 2 000 scientifiques, universitaires et personnalités reconnues dans l’étude du changement climatique. Tous et toutes ont été encouragé·es par Scientist Rebellion à contribuer à sensibiliser le public au fait que limiter le réchauffement à +1,5 °C est désormais peu plausible.

Descendre dans la rue

En Allemagne, Scientist Rebellion se mobilisera en collaboration avec les groupes d’action climatique Last Generation, Debt for Climate et End Fossil Occupy, sous la bannière Unite-Against-Climate-Failure. Cette coalition mènera dans une action de désobéissance civile non violente jusqu’à la fin du mois d’octobre. Les participants exigent du gouvernement allemand qu’il admette l’échec à limiter le réchauffement climatique en dessous de 1,5 °C et qu’il passe en mode d’urgence.

Au niveau mondial, Unite-Against-Climate-Failure demande au gouvernement allemand d’écrire immédiatement à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international pour demander l’annulation de toute la dette des pays du Sud, alors que le monde s’approche des +1,5 °C et au-delà. Cela faciliterait grandement leur transition vers un monde plus durable, contribuant à prévenir une nouvelle dégradation du climat.

En Allemagne, la coalition exige des mesures immédiates pour la décarbonation des transports, à travers i) l’introduction d’une limitation de vitesse sur les autoroutes allemandes, célèbres pour leur absence de limitation ; et ii) la pérennisation sans limite de durée du ticket à 9 € pour les transports publics, qui connaît un grand succès.

Des photos d’actions passées sur : https://drive.google.com/drive/folders/1Z7_qjEdmiC6f-rFkrr_WRG1iw3V1PDcj

À propos de Scientist Rebellion

Nous sommes un groupe d’action contre le dérèglement climatique qui compte plus de mille membres dans 32 pays. Nos membres vont de l’étudiant en sciences au professeur des Universités, dans des domaines scientifiques variés. Nous pensons tous que les scientifiques doivent mener des actions directes non violentes pour gagner en crédibilité. Lors des actions de désobéissance civile, nous nous identifions en portant des blouses de laboratoire.

Plus d’informations : https://scientistrebellion.com