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Mobilisation nationale de scientifiques contre l’inaction climatique

Dans plusieurs villes de France (Montpellier, Nice, Paris et Toulouse), des scientifiques ont participé ce weekend à des actions d’information du public et de désobéissance civile, au nom de la lutte contre la catastrophe environnementale et humaine en cours et à venir. Dans un texte de 4 pages, disponible sur le site du collectif Scientifiques en rébellion, ils expliquent leurs motivations, leur positionnement et leurs interrogations. Certaines de ces actions ont été menées en collaboration avec les collectifs citoyens ANV-COP21 – Alternatiba et Extinction Rebellion. Cette mobilisation des scientifiques en France s’est faite dans le sillage d’une tribune parue en Une du journal Le Monde en 2020, dans laquelle mille scientifiques appelaient à la désobéissance civile. En parallèle, en Allemagne, des scientifiques venu·es de toute l’Europe (dont certain.es de France) participent à l’appel du collectif Scientist Rebellion à une campagne d’actions de désobéissance civile intitulée « Unite Against Climate Failure » qui se déroulera jusqu’au 4 novembre. Les scientifiques appellent tout·es leurs collègues qui ont pris conscience de l’urgence climatique à les rejoindre pour amplifier la mobilisation.

À Nice, les scientifiques ont organisé samedi 15 octobre matin avec les collectifs ANV-COP 21, Extinction Rebellion et Alternatiba 06 une conférence-occupation festive et populaire sur le thème « Urgence climatique, inaction politique », devant la Maison des Grands Projets de la Ville de Nice. Une banderole « Climat, biodiversité : écoutons les scientifiques » a été déployée. Le but de l’action était de rappeler que l’atteinte des objectifs de réduction d’émissions de CO2 nécessitera des changements en profondeur de nos modes de vie, et qu’une priorité est de renoncer aux grands projets d’un autre temps fortement émetteurs de carbone. À Nice, l’extension du terminal 2 de l’aéroport et l’urbanisation massive de terres fertiles dans la plaine du Var représentent des symboles de l’aveuglement des politiques territoriales qui affichent des objectifs ambitieux de réduction d’émissions sans mettre en place de leviers efficaces de décarbonation et de sobriété. La conférence a réuni une cinquantaine de personnes, et des débats ont ensuite été menés avec le public pour faire émerger des propositions citoyennes alternatives pour une métropole neutre en carbone.

À Toulouse, vendredi 14 octobre matin, dix scientifiques, soutenus par les militants d’ANV-COP21, ont perturbé un événement co-organisé par Toulouse Métropole et le journal La Tribune : « Toulouse Zéro Carbone » (vidéo disponible en ligne; temps forts de l’action indiqués dans les commentaires de la vidéo). Les scientifiques ont demandé à pouvoir prendre la parole avant une table ronde à laquelle participait entre autres TotalEnergies et l’élu responsable du PCAET (Plan Climat Air Energie Territorial) de la ville. Une dizaine de diapositives ont été projetées, en rappelant notamment que les politiques mises en place actuellement, à toutes les échelles (internationale comme territoriale) nous conduisent vers une catastrophe environnementale. Les scientifiques ont souligné que l’une des priorités est d’arrêter les projets qui ne vont pas dans la bonne direction, pointant du doigt certains programmes d’aménagement locaux (routier, artificialisation des sols), et la politique de TotalEnergies d’ouvrir de nouveaux gisements fossiles. L’ouverture de nouvelles exploitations est en effet incompatible avec les budgets carbone permettant de limiter le réchauffement à +1,5 ou 2°C, et représente autant de « bombes climatiques », selon une expression utilisée dans des publications scientifiques. Les scientifiques ont conclu leurs interventions en demandant que trois questions soient posées au cours de la table ronde. Ils et elles ont notamment demandé aux intervenants de justifier leur maintien de projets incompatibles avec les objectifs climatiques et environnementaux. Les scientifiques ont également demandé à TotalEnergies de se positionner par rapport au soutien qu’il apporte à un Master dirigé par un scientifique contestant ouvertement la légitimité du GIEC, une affaire révélée dans le Canard enchaîné du 12 octobre 2022. Le représentant de TotalEnergies a contesté les conclusions du Canard Enchainé et affirmé travailler avec le scientifique en question « depuis 15 ans ». Après quelques minutes de table ronde, les scientifiques, considérant que les propos tenus par le représentant de TotalEnergies n’étaient pas sincères et ne répondaient pas à la problématique centrale de la poursuite de l’exploitation des énergies fossiles, se sont placé·es devant la scène avec des affiches indiquant « greenwashing », et ont quitté la salle. 

À Paris, une conférence sauvage intitulée « Inaction climatique : défaite de la science» s’est tenue samedi 15 octobre à 14h au village des sciences de Sorbonne Université organisé pour la Fête de la science 2022. En s’invitant dans le programme, les scientifiques mobilisé·es voulaient dénoncer le décalage entre le thème choisi par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, « Réveil climatique », et l’insuffisance criante des mesures prises par le gouvernement pour répondre à l’urgence climatique. Kévin Jean, l’un des scientifiques organisateurs de cette action estime qu’« après plus de 40 ans d’alertes scientifiques ignorées par les décideurs, et alors que l’État français a été condamné en justice pour le non-respect des objectifs climatiques, mettre en avant le partage des connaissances comme réponse au défi climatique est scandaleux, on ne peut plus laisser passer ». Les scientifiques mobilisé·es ont détaillé cette incohérence au cours d’une série de prises de paroles de chercheur.es de différentes disciplines. Les scientifiques ont profité d’une table ronde pour interpeller les présentateur.ices météo Laurent Romejko  (France 3) et Karine Durand (CNews) sur la responsabilité des médias ainsi qu’un collègue climatologue à propos de partenariats entre la recherche publique et TotalEnergies.

À Montpellier, une conférence sauvage samedi 15 octobre à 11h sur la place de la Comédie a mobilisé une quarantaine de scientifiques et une vingtaine de militant·es d’ANV-COP21 – Alternatiba, toutes et tous uni·es pour dénoncer l’inaction climatique. Les scientifiques, menant pour la plupart des recherches en écologie, évolution et agronomie, ont pris la parole pour rappeler les principaux résultats du GIEC et les chiffres de plus en plus alarmants sur l’effondrement de la biodiversité, avec le slogan « Alerte scientifique, crise climatique, urgence action publique ». Les militants d’ANV-COP21 – Alternatiba, sous la banderole « Urgence climatique : Écoutez les scientifiques » ont rejoint ce rassemblement après une action de désobéissance civile ciblant une agence BNP Paribas, en raison du financement par cette banque de nouvelles exploitations d’énergies fossiles.

Ces actions coordonnées entre scientifiques et autres citoyen·nes à l’échelle européenne visent à interpeller les dirigeants politiques afin que ces questions cruciales pour l’avenir de l’humanité et du vivant ne puissent plus être éludées.

Toulouse
Toulouse (Crédits : ANV-COP21 Toulouse)
Nice
Montpellier
Paris
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